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HORTICULTURE & PAYSAGE
PARIS 2016
FRANCE
MAGAZINE : Horticulture & Paysage
TITLE : Vincent Callebaut : “l’Archibiotic réinvente un monde meilleur”
DATE : January 2016
FROM : Paris, France
Utopies ou réalités ? Les projets audacieux de l’architecte belge Vincent Callebaut, nourris par l’imaginaire et l’idée de rapatrier l’agriculteur au coeur de la ville, forcent l’admiration et posent la question de la ville de demain. Sera-t-elle nourricière et autosuffisante en énergie ? Le concept de la ville jardinée prendra-t-il tout son sens ?

Rencontre avec un visionnaire, dont l’univers ne semble pas si fictif que l’on pourrait croire.

Vincent Callebaut n’est pas un architecte comme les autres. On dit d’ailleurs de lui qu’il est un ‘hortitecte’, un architecte capable d’introduire l’univers de l’horticulture dans l‘objectivité de la construction. Un qualificatif à l’image de son parcours, lui qui se destinait d’abord au métier d’horticulteur avant d’embrasser une carrière d’architecte. A l’entendre, il préféra devenir architecte car il est toujours plus facile de parler d’horticulture dans un projet architectural que de parler d’architecture quand on est horticulteur. Diplômé en 2000 de l’Institut Supérieur d’Architecture de Bruxelles et lauréat du prix Napoléon Godecharle un an plus tard, il s’installe rapidement en France (son rêve était de devenir parisien ndlr) après avoir travaillé pour divers cabinets et initié de nombreux projets à l’international. En 2009, il crée sa propre agence.

Ce qui le distingue : un univers futuriste, mais pragmatique, où l’imaginaire, mêlé aux prérogatives actuelles (économiques, écologiques et sociologiques), réinvente la ville sous l’angle de la conciliation entre ville et nature. A 38 ans, Vincent Callebaut avoue ne jamais cesser de rêver et d’imaginer un monde meilleur.


QUELS SONT LES ENJEUX DE LA VILLE DE DEMAIN ?

Je suis né en 1977. A l’époque, le monde comptait 4,5 milliards d’individus. En 2050, lorsque j’aurais 73 ans, le monde comptera 9 milliards d’humains, dont les deux tiers seront concentrés dans les villes. Soit le double en l’espace d’une vie d’homme ! Entre temps, en tant qu’architecte, qu’est-ce que je peux proposer au monde pour évoluer ? C’est tout l’enjeu du métier d’architecte : répondre aux enjeux de la ville de demain, notamment pour accueillir une population essentiellement citadine. Le problème c’est qu’on lutte aujourd’hui, à raison, contre l’étalement urbain à l’horizontal, préservant les espaces de nature sauvegardés. De plus, on étend les villes nouvelles, où l’habitant est totalement exclu de son lieu de travail. D’où l’augmentation des moyens de transports, de consommation d’énergies fossiles… Une ségrégation géographique obsolète ! Seule solution : densifier la ville à la verticale, qui prône le retour à la ville pédestre, où l’habitant travaille, mais aussi se nourrit à partir d’une production locale, recycle et valorise ses déchets sur place… La ville de demain sera un véritable écosystème mature, telle une forêt tropicale, capable de produire de l’énergie par l’intermédiaire de la photosynthèse et de recycler ses déchets organiques en les transformant en une source énergétique. Nous vivons la genèse de l’économie urbaine solidaire !


CONCRETEMENT, QUE PROPOSEZ-VOUS ?

On a longtemps parlé de ville durable, basée sur des prérogatives écologiques, mais aussi de
Smart City, où les modes de vie des habitants deviennent plus intelligents. De notre côté, nous travaillons sur le concept ’Archibiotic’ un néologisme datant de 2008 qui regroupe les termes d’architecture, de biotechnologies (biomimétisme, biomorphisme…) et de technologies de l’information et de la communication (tics, web 3.0, dématérialisation, hyperconnectivité…). Aujourd’hui, nous ne devons plus nous attacher uniquement à l’expression esthétique, mais procéder à la création de bâtiments intelligents, métaboliques, en d’autres termes des smart buildings fonctionnant en circuits vertueux, en parfaite symbiose avec la nature et ses habitants. C’est l’essence même de nos prototypes, à l’exemple de ‘Dragonfly’, deux tours oblongues, jumelées autour d’une immense serre bioclimatique à New York. L’ensemble forme une architecture ‘double peau’ en résille de nid d’abeilles qui exploite au maximum l’énergie solaire passive en accumulant l’air chaud dans l’épaisseur de l’exo-structure. Dans tous nos projets, la notion d’énergie renouvelable est un principe fondamental, intégré dès leur conception. Quant aux façades et toitures des bâtiments, l’idée est de les végétaliser davantage pour que la ville verte ‘transpire,’ permettant de bioclimatiser l’atmosphère par l’évapotranspiration des plantes, de réduire les îlots de chaleur et de nourrir la population. Ce n’est pas du superflu, mais bien au contraire du concret. Alors peut-on parler d’utopie ? Si oui, c’est une belle utopie concrète, c’est-à-dire réalisable sur le temps d’une vie.


PEUT-ON PARLER DE VILLE JARDINEE ?

Bien sûr. Au jourd’hui, on consomme ce que l’on produit à l’autre bout de la planète.
Sincèrement, comme modèle économique (et écologique) il y a mieux ! Notre objectif est de ramener la production agricole au coeur des villes (serres, toitures, façades), là où elle est consommée. C’est l’exemple de notre projet pour la Tour Montparnasse à Paris, couverte de bioréacteurs d’algues vertes, capables de transformer des déchets organiques des vergers publics qui enrobent sa structure pour produire de l’énergie. Nous devons impérativement passer à une économie urbaine circulaire, où l’on recycle tout ce que l’on produit.


LA TRANSITION SERA-T-ELLE FACILE POUR LES VILLES D’AUJOURD’HUI, MARQUEE PAR L’ARCHITECTURE HAUSSMANNIENNE ?

L’Archibiotic ne fait pas table rase du passé, bien au contraire. Ce n’est pas non plus une cloche de verre posée sur les villes visant leur muséification et leur gentrification. Le problème, c’est que les coefficients thermiques des bâtiments haussmanniens sont faibles. Il faut donc y associer de nouvelles constructions à énergie positive produisant ainsi plus d’énergie qu’elles n’en consomment jusqu’à 300 %. Par exemple, on peut imaginer les quais de la gare du Nord tapissés de dalles piézoélectriques, se polarisant sous le pas des voyageurs (750 000/jours). De l’électricité sera ainsi produite, sitôt transformée en énergie positive… et solidaire, car l’énergie non consommée pourrait alimenter une smart grid et ainsi d’autres bâtiments déficitaires en production. L’Archibiotic réinvente le vivre ensemble. Solidaire, autosuffisante, nourricière, la ville de demain a tout à gagner !


PARIS SMART CITY 2050

Dans le cadre du Plan Climat Energie de la Ville de Paris qui vise à réduire de 75 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050, le projet “Paris Smart City 2050” est un travail de réflexion et de recherche sur l’intégration des Immeubles de Grandes Hauteurs à énergie positive (BEPOS) et solidairement producteurs d’énergie pour les quartiers où ils sont implantés. Afin de lutter contre l’effet d’îlot de chaleur urbain tout en densifiant la ville durablement, cette étude présente 8 prototypes de tours mixtes. Ces tours rapatrient la nature au coeur de la cité et intègrent dès leur conception les règles du bioclimatisme et les énergies renouvelables et récupérables en boucle courte au travers des systèmes novateurs. Vers de nouvelles innovations sociales, elles désirent avant tout inventer de nouveaux modes de vie éco-responsables pour implémenter la qualité de vie des citadins dans le respect de l’environnement. Parmi ces prototypes, on peut citer : ‘Bamboo Nest Towers’ (13e arrondissement), des tours maraîchères thermodynamiques aux balcons potagers ; ‘Farmscrapers Towers’ (Porte d’Aubervilliers), une ferme verticale rapatriant la campagne aux portes de la ville ; ‘Photosynthesis Towers’ (Tour Montparnasse), un central park piézo-électrique et spiralé aux bio-façades d’algues vertes (cf photo) ; ‘Bridges Towers’ (Pont Amont), des ponts-paysages habités enjambant la Seine.